THE BELOVED
Embrace me: the world is young
L’AMANTE
Embrasse-moi : le monde est jeune
THE REBEL
O how fragile is the world
LE REBELLE
Ô comme le monde est fragile
THE BELOVED
Embrace me: the air is a rising and burnishing loaf
L’AMANTE
Embrasse-moi : l’air comme un pain se dore et lève
THE REBEL
How solemn is the world
LE REBELLE
Comme le monde est solennel
THE BELOVED
Embrace me: the world is a flux of plumes of palms of spikenards of desires of cassia
L’AMANTE
Embrasse-moi : le monde flue d’aigrettes de palmes de spicenards de désirs de canéfices
THE REBEL
O the world is lusterless with rearing horses
LE REBELLE
Ô le monde est mat de chevaux cabrés
THE BELOVED
Embrace me; embrace me: in my eyes worlds are made and unmade; I hear the music of the spheres. . . the horses approach. . . a packet of shivers gorges the carnal venison wind . . .
(A prodigious silence).
L’AMANTE
Embrasse-moi ; embrasse-moi : dans mes yeux les mondes se font et se défont ; j’entends des musiques de mondes… les chevaux approchent… un paquet de frisson gave le vent charnel de venaisons…
(Un silence prodigieux).
FIRST MADWOMAN
The dead hail the pallbearers
PREMIÈRE FOLLE
Les morts saluent les croque-morts
SECOND MADWOMAN
I heard in the thunder the skinny dog of death. . .
Hail skinny companion.
(Funereal music).
DEUXIÈME FOLLE
J’ai entendu dans le tonnerre le chien maigre de la mort…
Salut compagnon maigre.
(Musiques funèbres).
THE REBEL
Oh, my friends, it is enough: I am no longer anything but fodder; sharks play in my wake
LE REBELLE
Oh, mes amis, il suffit : je ne suis plus que pâture ; des squales jouent dans mon sillage
CHORUS
The whites are landing, the whites are landing
LE CHŒUR
Les blancs débarquent, les blancs débarquent
THE REBEL
The Whites are landing. They are killing our daughters, comrades.
LE REBELLE
Les Blancs débarquent. Ils nous tuent nos filles camarades.
CHORUS (terrified)
The Whites are landing. The Whites are landing.
LE CHŒUR (terrifié)
Les Blancs débarquent. Les Blancs débarquent.
SEMICHORUS
Spring forth tears
LE DEMI-CHŒUR
Jaillissez larmes
SEMICHORUS
Flow forth dew.
LE DEMI-CHŒUR
Coulez rosée.
THE REBEL
What do you see?
LE REBELLE
Qu’est-ce que tu vois ?
THE BELOVED
Poto-poto* life a great deal of mud
L’AMANTE
La vie poto-poto beaucoup de boue
THE REBEL
Do you recall?
LE REBELLE
Tu te souviens ?
THE BELOVED
the tree ferns. . . the torrential roar of the water.
L’AMANTE
les fougères arborescentes… torrentielle le bruit de l’eau.
THE REBEL
the pitons, the coves. . . the rain. . . its balsam apple arils. . .
LE REBELLE
les pitons, les anses… la pluie… ses arilles de clusia rosea…
THE BELOVED
Oh! a landscape of laburnum, lakes and bullrushes and golden rain on the rusty tin roof.
L’AMANTE
Oh ! un paysage de faux ébéniers, lacs et scirpes et la pluie d’or sur le toit de tôle rouillée.
THE REBEL
canna roses extinguish yourselves
campine chicken heaths I am yours.
polders of Holland engulf me
low-water marks be my sister.
(The bishops enter, heads bowed under the leadership of the archbishop).
LE REBELLE
roses de Canna éteignez-vous
landes de Campines je suis à vous.
polders de Hollande engloutissez-moi
laisses de basse-mer soyez-moi sœur.
(Entrent les évêques paissant sous la houlette de l’archevêque).
FIRST BISHOP
what an epoch: you’ve made a fine mess of all this, my children
(He sits on his throne).
PREMIER ÉVÊQUE
quelle époque : mes enfants vous avez fait là une belle boucherie
(Il s’assied sur son trône).
SECOND BISHOP
An astonishing epoch my brothers: the Newfoundland haddock throws itself onto our lines of its own accord
(He sits on his throne).
DEUXIÈME ÉVÊQUE
Une époque étonnante mes frères : la morue terreneuvienne se jette d’elle-même sur les lignes
(Il s’assied sur son trône).
THIRD BISHOP
I say that it’s an astounding or stupifying epoch as you wish
(He sits on his throne.)
TROISIÈME ÉVÊQUE
je dis que c’est une époque étourdissante ou stupéfiante à votre gré
(Il s’assied sur son trône).
FOURTH BISHOP
a phallic epoch and rich in miracles
(He laughs idiotically and sits on his throne. The first three bishops tap their foreheads with their fingers and point to the fourth bishop to indicate that he is mad.)
QUATRIÈME ÉVÊQUE
une époque phallique et fertile en miracles
(Il rit idiotement et s’assied sur son trône. Les trois premiers évêques se touchent le front du doigt et désignent le quatrième évêque pour indiquer qu’il est fou).
ARCHBISHOP
come on, I like animals with gorgeous coats; don’t kill the cats.
bub huubbub hub-hub-bub
(The bishops tap their foreheads with their fingers and point to the archbishop to indicate that he is out of his mind.)
L’ARCHEVÊQUE
allons, j’aime les bêtes de beau pelage : ne tuez pas les chats.
ouha brrouha ou-ou-ah
(Les évêques se touchent le front du doigt et désignent l’archevêque pour indiquer qu’il a perdu la raison).
ARCHBISHOP
come on, I hear the toad’s pearly flute and the night crickets’ raspy grating. Bub-hub hubbub.
(The bishops rise, the group exits slowly, each one dragging a smoked herring on a string.)
(Vision of a forest and undergrowth. Black horsemen.)
L’ARCHEVÊQUE
allons, j’entends la flûte perlée des crapauds et le crécellement rugueux des grillons de la nuit. Ouha bruhah
(Les évêques se lèvent, le groupe sort lentement, chacun traînant derrière soi un hareng-saur au bout d’un fil).
(Vision de forêt et de broussailles. Des cavaliers noirs).
FIRST HORSEMAN
Stuttering ferns, guide us.
PREMIER CAVALIER
Fougères bègues, guidez-nous.
SECOND HORSEMAN
Dried words of grass, guide us.
DEUXIÈME CAVALIER
Paroles séchées des herbes, guidez-nous.
THIRD HORSEMAN
Suffering grass snakes, guide us.
TROISIÈME CAVALIER
Couleuvres endolories, guidez-nous.
FOURTH HORSEMAN
Fireflies cries of flint, guide us.
QUATRIÈME CAVALIER
Lucioles cris du silex, guidez-nous.
FI
FTH HORSEMAN
Guide us, o guide us, blind aloes thundering vengeance armed for a century.
(The troop rides off, the horsemen disappear into the forest).
CINQUIÈME CAVALIER
Guidez-nous, ô guidez-nous, aloès aveugle vengeance tonnante armée pour un siècle.
(La troupe s’ébranle, les cavaliers disparaissent dans la forêt).
FIRST MADWOMAN
It’s strange the evening walks its witches. . .
PREMIÈRE FOLLE
C’est étrange le soir promène des sorcières…
SECOND MADWOMAN
Looking like popes the egg-bellied spiders enter their thread palaces hailed by termites; in caverns yearning for sleep sharks’ chops quiver dreaming of hunts and carcasses. Of course the safety nets no longer function: on the seawall against the tide the cephalopods knit their feet wait and shout in a paroxysm of smelt; marshes marshes vomit up your grass snakes.
DEUXIÈME FOLLE
Les araignées au ventre d’œuf entrent avec des mines de pape dans leur palais de fil salué de termites ; dans les cavernes désireuses du sommeil des babines de requins s’agitent en rêvant de chasse et de carcasse. Bien sûr les filets protecteurs ne jouent plus : à contre-flot sur les murs de la mer dans le paroxysme du remugle les céphalopodes tricotent leurs pattes attendent et crient ; marais marais vomissez vos couleuvres.
NARRATRESS
Death weeps very softly in the neck of the soft wind
LA RÉCITANTE
La mort pleure tout doucement dans le cou du vent doux
NARRATOR
Fire hooks its rapacious haulms to the mesmerized housetops
LE RÉCITANT
Le feu accroche ses fanes rapaces aux toits fascinés des maisons
NARRATRESS
. . .the city collapses around its ankles . . . in the slow vertigo of rape . . . amidst the ticklings in a bed of smoke and screams
LA RÉCITANTE
…la ville s’effondre sur ses jarrets… dans le vertige lent du viol… parmi les chatouilles d’un lit de fumée et de cris
FIRST MADWOMAN
Women jab with their fingernails as they pass by . . .theirs are words of dread . . .Oh, I hear the spelt of the night growing . . . women . . . the pit is full of blood . . . flakes of fire are falling . . . I see fiery lizards, fiery locusts, fiery cush-cushes.
PREMIÈRE FOLLE
Des femmes passent dardant leurs ongles… leurs paroles sont d’effroi… Oh, j’entends croître l’épeautre des nuits… des femmes… la fosse est pleine de sang… des flocons de feu tombent… je vois des lézards de feu, des sauterelles de feu, des colocases de feu.
THE REBEL
Do not speak thus. Do not speak thus. . . I am seated in desolation. My court a pile of bones, my throne, rotting flesh, my crown a circle of excrement. And behold: strange nuptials have begun: crows are the rebec players, bones, knucklebones, puddles of wine on the ground are turning into fraternal clots where recumbent drunkards are stretched out for a long time . . . a long time.
(Meanwhile three dog-headed gods bear away the soul of the beloved).
LE REBELLE
Ne parlez pas ainsi. Ne parlez pas ainsi… je suis assis dans la désolation. Ma cour un tas d’ossements, mon trône, des chairs pourries, ma couronne un cercle d’excréments. Et voyez : d’étranges noces ont commencé : les corbeaux sont les joueurs de rebec, les os, des osselets ; des flaques de vin sur le sol font des caillots fraternels où les ivrognes couchés sont couchés pour longtemps… longtemps.
(Cependant que trois dieux à tête de chien emportent l’âme de l’amante).
NARRATRESS (mournfully)
The moment has come when the weary princess wipes an absence of kisses from her lips like the thought of a bitter fruit.
(She advances the hand halfway around the dial).
The moment has come when the princess has ceased to believe in the hairy rainmaker.
(She advances the hand halfway around the dial).
LA RÉCITANTE (dolente)
Nous sommes au moment où la princesse lassée essuie sur ses lèvres une absence de baisers comme une pensée de fruit âcre.
(Elle avance l’aiguille d’un demi-cadran).
Nous sommes au moment où la princesse a cessé de croire au faiseur de pluie hirsute.
(Elle avance l’aiguille d’un demi-cadran).
The moment has come when wisp of smile by wisp of smile the princess weaves an unprecedented rain-nest gown for herself.
(She advances the hand a full turn around the dial).
The moment has come when the prince has invented the ophrys-woman, most beautiful of cerebral flowers.
(She advances the hand halfway around the dial).
The moment has come when the princess proclaims unredeemed all the lands that ring the mosses of the sea
(She advances the hand a quarter turn around the dial).
Nous sommes au moment où brin de sourire par brin de sourire la princesse se tisse une robe de nid de pluie inédite.
(Elle avance l’aiguille d’un cadran).
Nous sommes au moment où le prince a inventé l’ophrys-femme, la plus belle des fleurs du cerveau.
(Elle avance l’aiguille d’un demi-cadran).
Nous sommes au moment où la princesse proclame irrédentes toutes les terres circonvoisines des mousses de la mer
(Elle avance l’aiguille d’un quart de cadran).
NARRATOR
The moment has come when on the flaming threshold the princess calls her favorite cockatoo
cockatoo
cockatoo
in the book emptied of neat defunct tillings.
The moment has come when nine scorpions, conjured by the malediction of souls, sting one another.
(Pause. The funeral cortege has disappeared).
LE RÉCITANT
Nous sommes au moment où sur le seuil des flammes la princesse fait signe à son cacatoès préféré
cacatou
cacatou
parmi le livre vide de fins labours défunts.
Nous sommes au moment où neuf scorpions se frappent, formés par la malédiction des âmes.
(Pause. Le cortège funèbre a disparu).
NARRATOR
The moment has come when a volcano scuttles itself in the coral bunker
The moment has come when the empress decrees in the grottoes of Empire the uselessness of equalization funds and tattoos her thighs with a shower of daturas in which a flambé sword is rattling.
LE RÉCITANT
Nous sommes au moment où un volcan se saborde dans la soute à corail
Nous sommes au moment où l’impératrice décrète dans les grottes de l’Empire l’inutilité des caisses de compensation et se tatoue les cuisses d’une pluie de daturas où râle une lance flammée.
NARRATRESS (solemnly)
An arpeggio of sinister guitars, there rises beneath my eyelids
a dawn bled white
I am expectation all expectation
I tread on the thin ice of precious moments
O the fragile roads stubborn and sure
LA RÉCITANTE (solennelle)
Arpège de guitares sinistres, il se lève sous mes paupières
une aube saignée à blanc
je suis attente toute attente.
je marche sur les œufs des instants précieux
Ô les chemins fragiles têtus et certains
of my kingdom which is and which is not yet
The weather is fair monstrously fair.
Surge forth o weeks, scruples of dying worlds;
surge forth pregnant girls;
foam against my obscene awaiting.
de mon royaume qui est et qui n’est pas encore
Il fait beau monstrueusement beau.
Déferlez semaines, scrupules des mondes mourants ;
déferlez filles grosses ;
écumez contre mon attente scabreuse.
NARRATOR (humbly)
/>
Here I am the empty-handed merchant, my naked eye eliciting the spectacle, my throat churning the living words hatched against my teeth.
LE RÉCITANT (humble)
Me voici l’homme marchand aux mains vides, œil nu suscitant le spectacle, gorge brassant vivants les mots éclos contre mes dents.
NARRATRESS
Here I am I myself: the woman obsessed by big words and I swim among the gladiolas and the Jericho* roses toward the simple odor of cadavers.
LA RÉCITANTE
Me voici moi moi : la femme obsédée de grandes paroles et je nage parmi les glaïeuls et les roses de Jéricho vers l’odeur simple des cadavres.
THE REBEL
That’s not true . . . there are no more battles. There are no more murders are there? No more flamboyant crimes? The blind barrel organ drones out minutes of silence, shavings of dustless time.
Ho, Ho, the smell of cadavers . . . of blood bubbling like a great wine vat.
LE REBELLE
Ce n’est pas vrai… il n’y a plus de combats. Il n’y a plus de meurtres n’est-ce pas ? Plus de crimes flamboyants ? L’orgue de barbarie ronronne aveugle des minutes de silence, sciure du temps sans poussière.
Ho, Ho, une odeur de cadavre… du sang pétillant comme une grande cuve de vin.
NARRATRESS
One has only to tap on the sun’s window. One has only to break the sun’s mirror. One has only to discover in the sun’s box the red crests of venomous ants bursting in all directions. Ha, Ha.
The Complete Poetry of Aimé Césaire Page 19